Christine de Pizan, une féministe avant l’heure ?


Histoire Médiévale / vendredi, mars 8th, 2019

Aujourd’hui, en cette journée internationale de la femme, je vous propose d’évoquer une personnalité féminine trop souvent oubliée de l’histoire littéraire française : Christine de Pizan dans un article intitulé Christine de Pizan, une féministe avant l’heure. Pour retrouver tous nos articles d'histoire médiévale

Une Italienne à la Cour de France

Tout d’abord, Christine de Pizan n’est pas française. Elle naît à Venise en 1364. En 1368, son père, Thomas de Pizan, devient astrologue judiciaire et médecin du roi Charles V. Sa famille et elle quitte donc l’Italie pour la France.

Véritable pionnière de la littérature féministe médiévale, Christine de Pizan bénéficie d’une éducation réservée aux filles de la noblesse. Elle intègre la Cour et apprend la musique et la poésie.

De plus, son père insiste pour qu’elle ait accès aux matières généralement enseignées aux jeunes hommes telles que  l’histoire, la philosophie et l’étude des traités politiques.

De surcroît, elle jouit de l’immense bibliothèque royale composée de 1200 volumes assemblée par le roi Charles V.

Très jeune, elle compose des poésies.

En 1380, elle épouse le secrétaire royal issu de la noblesse picarde, Etienne de Castel. Avec lui, elle a trois enfants. La famille de Pizan fait alors partie intégrante de la cour et de la noblesse française. Cependant, le roi Charles V meurt la même année. La régence des oncles éloigne la famille des cercles de pouvoir.

En 1390, Thomas de Pizan meurt ne laissant que très peu d’argent. Il est suivi de près par Etienne de Castel qui meurt d’une épidémie lors d’un voyage.

Une femme indépendante

La mort des hommes qui la soutiennent l’oblige à prendre une décision quant à son avenir économique d’autant plus qu’elle a à sa charge ses trois enfants ainsi que sa mère et sa soeur.

Au lieu de se remarier ou d’aller au couvent, elle choisit de vivre de sa plume. Cela constitue une trajectoire extraordinaire à l’époque. Elle décide de faire rayonner sa pensée égalitariste dans un monde littéraire exclusivement masculin.

Ce choix n’est pas simple car elle doit faire face à de nombreuses difficultés et doit essuyer plusieurs procès. Pour tenir le coup dans ces épreuves, elle continue à fréquenter la cour et à se cultiver notamment en littérature.

Christine de Pizan est connue pour être la première femme à vivre de sa plume en France et en Europe. Elle débute sa carrière littéraire par la poésie, ses ballades lyriques sont très populaires. Puis, elle se fait connaitre en tant qu’épistolière, genre qui lui permet de traiter de la vie politique et de la guerre de Cent Ans.

La majorité de son oeuvre est accomplie entre 1400 et 1418. Peu à peu, ses écrits gagnent en notoriété et plaisent à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Il lui propose de raconter la vie de son frère Charles V. Ainsi naît le livre des faits et bonnes moeurs du sage roi Charles V où elle dresse un portrait réaliste de l’ancien roi.

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La querelle du Roman de la Rose ou la lutte contre ma misogynie

Le Roman de la Rose est œuvre poétique française rédigée par Jean de Meung et Guillaume de Lorris. C’est le “best-seller” du Moyen-Âge étant l’oeuvre la plus connue de l’époque (250 manuscrits connus). La “rose” est une représentation allégorique de la femme qu’un courtisan cherche à séduire. Ce roman est à l’origine de la querelle du Roman de la Rose, première querelle littéraire de l’histoire française.

En 1401, Jean de Montreuil et Christine de Pizan s’écrivent plusieurs lettres en débattant de l’oeuvre. Jean de Montreuil est un partisan du Roman de la Rose. Il en fait l’éloge dans un traité. Christine de Pizan relève les passages où est prôné la misogynie et le libertinage. Elle démontre que le texte incite au mensonge et à la violence.

Cette querelle dure plusieurs années et plusieurs partisans s’adjoignent aux différents camps. Elle aborde la question de l’esthétique de l’oeuvre et de sa nature.

Christine de Pizan poursuit son action en fondant l’Ordre de la Rose qui récompense les chevaliers défendant l'honneur des femmes.

La Cité des dames, un traité féministe

En contre-pied, Christine de Pizan produit la Cité des dames en 1405. C’est la première histoire des femmes. Ce traité adopte une lecture révisionniste de l’histoire. Elle revalorise la place des femmes dans l’histoire. Il faut voir dans son oeuvre une réponse à Boccace qui dans De claris mulieribus fait une apologie des femmes illustres en établissant des biographies. Attention, même si l’oeuvre traite majoritairement des femmes, celles-ci sont rabaissées afin de vanter les mérites et qualités des hommes.

Ici, elle utilise l’allégorie de la construction d’une nouvelle cité se basant sur la Raison, la Droiture et la Justice. La construction de la cité se fait en trois étapes.

D’abord, la construction des fondations. Là, Christine de Pizan choisit d’écarter des blocs de pierre encombrant symbolisant la pensée misogyne de grands auteurs tels qu’Aristote, Cicéron et Virgile. Les nouveaux blocs de pierre représentent des femmes illustres.

Ensuite, les bâtiments sont érigés. Ils sont les images de la droiture et de la justice.

Enfin, le peuplement. Christine de Pizan choisit de narrer des vies exemplaires de femmes.

En fait, ce livre est une critique de la société de l’époque. Ce livre connaît une suite, le Livre des trois vertus ou Trésor de la Cité des dames. Il est dédié à Marguerite de Bourgogne.

Pour conclure, Christine de Pizan est une auteure majeure de l’époque médiévale. Féministe avant l’heure, elle prend la défense de la femme à travers plusieurs écrits sans hésiter à devenir une des principales figures de la première querelle littéraire française. À l’arrivée de Charles VI le Fol au trône, Christine de Pizan se retire au couvent où elle meurt en 1430.

astrologue judiciaire : bras droit du roi, prédit issue des guerres, etc.

Pour aller plus loin

  • AUTRAND Françoise , Christine de Pizan, Paris, Fayard, 2009.
  • DULAC Liliane et RIBEMONT Bernard, Une femme de lettres au Moyen Âge. Études autour de Christine de Pizan, Orléans, Paradigme, coll. Medievalia,  1995.
  • HICKS Éric, Le Débat sur le Roman de la Rose, Genève, Slatkine Reprints, 1996.
  • ROUX Simone, Christine de Pizan. Femme de tête, dame de cœur, Paris, Payot, 2006.
  • DOR Juliette, Christine de Pizan. Une femme de science, une femme de lettres, Paris, Honoré Champion, 2008.

Par ailleurs, je conseille la lecture de la Cité des dames. 

Pour un condensé biographique de Christine de Pizan c’est par ici

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