Les nobles à l’université médiévale


Histoire Médiévale / lundi, février 18th, 2019

Bonjour à tous ! Aujourd’hui un article d’histoire médiévale sur les nobles à l’université : une quête de reconnaissance. Ça faisait longtemps (pour voir le précédent) ! 

Les universités médiévales en France

D'abord, parlons des universités médiévales. À la fin du Moyen-Âge en France apparaissent plusieurs universités. Ces « universitas » se développent et se multiplient. Ainsi, on trouve des universités à Avignon, Cahors, Montpellier, Toulouse, et bien sûr Paris en 1120. Les étudiants peuvent y étudier les Arts, la Médecine mais surtout la théologie. Il y a, en effet, une prépondérance des  facultés de droits particulièrement dans le midi où le droit canon et le droit civil regroupe entre 58 et 80% des étudiants fin XIVe.

Les nobles à la fin du Moyen-Âge

Les nobles, dès le XIVe siècle, sont menacés par la montée des bourgeois dans la société. En effet, avec la guerre de Cent Ans, les petits nobles se sont appauvris et ont entrepris des mariages avec la bourgeoisie afin de ne pas perdre tout ce qu’ils avaient. Certains bourgeois obtiennent donc des titres de noblesse tandis que d’autres qui n’y parviennent pas entendent bien s’élever dans la société de part les études. Les universités tiennent donc un rôle important dans l’ascension sociale.

université nobles BNF Curlhistory
Margarita philisophica, Strasbourg, fin XVe, Paris, BNF

PS : Pour plus d'images pour tes exposés, le site de la BNF est là pour toi. La mienne

Les nobles à l’université 

Les nobles à l’université : une quête de reconnaissance

La noblesse procurent aux nobles un avantage. Les nobles par leur appartenance à l'ordre privilégié de la noblesse n'ont pas besoin de faire des études pour bénéficier d'une ascension sociale à l'inverse de certains bourgeois. Malgré cela, on observe qu'ils fréquentent les universités. On peut expliquer cela par le fait qu'ils sont décriés par la population mais aussi parce que la montée en puissance de la bourgeoisie les effraie. Jaques Verger parle de d'«aristocratisation» des universités. La question de la place des nobles à l'université est pertinente car on peut penser qu'ils y venaient dans l'espoir de renforcer ou de préciser une situation sociale privilégiée. Plus la place des nobles est élevée, plus la fermeture sociale est forte.

En moyenne, 1 étudiant sur 20 était noble ce qui est une proportion supérieure à la noblesse au sein de la population. Cependant, les études sont  préférées par les bourgeois et les marchands aisés.  La proportion d'étudiants nobles varie d'une université à l'autre. 

Université Pourcentage
de nobles
Raison avancée par Jacques Verger
Avignon 6,89 → Présence de la Cour pontificale
→ Renom des facultés de droits d'Avignon
Cahors 5,48 → Trop peu pour analyse
Montpellier 6,27 → Ancienneté de l'université
Toulouse 3,35 → Peut-être mauvaise réputation

Quelles études pour les nobles à l’université ?

En fait, la quasi-totalité des étudiants nobles font du droit pas en médecine et pratiquement pas en théologie. Très peu de nobles étudient les arts, ce qui prouvent qu'ils négligent cette formation et pensent pouvoir accéder directement à la faculté de droit.  Cette prépondérance des facultés de droit est particulièrement vraie dans le Midi où le droit canon et le droit civil regroupent entre 58 et 80% des étudiants à la fin du XIVe siècle. Par exemple entre 1300 et 1393, on constate que le pourcentage de nobles dans les universités citées plus haut est supérieur à celui des non-nobles pour le baccalauréat et la licence.

De fait, les nobles perçoivent leur études dans une perspective utilitaire, ils sont aussi plus jeunes que les autres. Les chiffres confirment qu'une minorité d'étudiants parviennent au grade. Les nobles mettent autant de zèle que les non-nobles à acquérir les grade et restent environ 15 ans à l’université.

Les nobles, des étudiants comme les autres ?

Les étudiants nobles bénéficient de privilèges selon les règlements de la Chancellerie. On distingue la grande noblesse magni nibiles, filii baronum et les simples nobles ex militari genere. D’abord, des privilèges vestimentaires. Ils peuvent arborer une cape avec des ornements de fourrure comme les docteurs. Ensuite, dans les processions ou salles de classe,  ils précèdent toujours les bacheliers et non-nobles. Ils pouvaient obtenir le titre sans passer l'examen.

De plus, ils possèdent également une garde de robe fournies, des vêtements doublés de soie ou fourrure, un précepteur, un écuyer ou un serviteur. Enfin, certains sont protégés (les dilectii) par des grands seigneurs laïcs ou ecclésiastiques.  Cela pousse les étudiants non-nobles à se faire passer pour des nobles. Pour éviter ces pratiques, on observait leur train de vie. Pour les bourgeois, un sous est un sous et un sous doit produire d'autres sous donc il est investit alors que les nobles dépensent sans compter.

Enfin, à Montpellier, les privilèges sont plus nombreux ils peuvent postuler pour de meilleurs conditions dans les grades et bénéfices ecclésiastiques. Ainsi, cela permet aux nobles de ''tenir leur état'' ce qui est le critère essentiel de la noblesse.

Conclusion 

Pour conclure, les nobles sont encore réticents à l'institution universitaire, mais y entrent pour se donner un prestige intellectuel. Ils préfèrent les carrières ecclésiastiques et bénéficient de privilèges. Néanmoins, il est clair que les universités sont majoritairement peuplées de non-nobles qui souhaitent, par les études, connaître une ascension sociale en accédant à des offices prestigieuses. La fréquentation des nobles à l'université peut aussi être considérée comme une réaction à la montée de ces roturiers et à l'accès de certains d'entre eux à l'élite nobiliaire. 

Pour aller plus loin

FAVIER Jean, Dictionnaire de la France médiévale, Paris, Fayard, 1993.

BOVE Boris, Le temps de la guerre de Cent Ans, Paris, Belin, 2009. (mon coup de coeur, lecture indispensable !)

FAVIER Jean, La guerre de Cent ans, Paris, 1980. 

SOT Michel, BOUDET Jean-Patrice, GUERREAU-JALABERT Anita, Histoire culturelle de la France, T.1. Paris, Le Seuil,  1997. 

AURELL Martin, La noblesse en Occident (Ve-XVe siècle), Colin, Paris, 1996. 

AUTRAND Françoise. L'image de la noblesse en France à la fin du Moyen Âge. Tradition et nouveauté. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 123ᵉ année, N. 2, 1979. pp. 340-354.

KERHERVÉ, Jean. Introduction: Des nobles en général aux nobles de Bretagne en particulier In: Noblesses de Bretagne: du Moyen âge à nos jours [en ligne], Rennes, PUF, 1999. 

VERGER Jacques, «Noblesse et savoir: étudiants nobles aux universités d'Avignon, Cahors, Montpellier et Toulouse (fin du XIVe s)», Philippe Contamine éd, La Noblesse au Moyen Age, Paris, Presses Universitaires de France, 1976. 

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